Le Cameroun renoue avec l’indiscipline budgétaire
En 2025, le déficit budgétaire s’est finalement situé à 714,3 milliards Fcfa selon le ministère en charge de l’Economie (Minepat). Soit 2,1% du Produit intérieur brut (PIB).
Dans la loi de finances rectificative de 2025 (LFR 2025), le Parlement avait adopté un solde budgétaire de -303,9 milliards Fcfa, soit 0,8% du PIB.
La performance du gouvernement est donc en dépassement de la marge autorisée par les députés et sénateurs de 410,4 milliards Fcfa, soit 1,3% du PIB.
En 2024, le gouvernement s’était engagé à porter le déficit budgétaire à 0,4% du PIB (après 0,6% du PIB en 2023). Il a fini à 1,5% du PIB, montrant un décalage de 1,1% par rapport à la cible.
Dans la loi de finances initiale de 2025, gouvernement et Parlement s’étaient accordés à ramener ce déficit budgétaire à 107, 8 milliards Fcfa, soit 0,3% du PIB. Avant de relever la cible à 0,8% du PIB.
Subvention aux carburants
Pour 2026, ce déficit budgétaire a été fixé à 631 milliards Fcfa, soit 1,7% du PIB. Mais la hausse de la subvention aux carburants induite par la hausse imprévue des cours mondiaux du pétrole figure déjà au rang des facteurs perturbants.
Le premier d’entre eux reste l’indiscipline dans l’exécution budgétaire, en recettes et surtout en dépenses.
En 2024, le trésor public a enregistré des manques à gagner de 0,4% du PIB en recettes dont 0,3% du PIB pour les seules recettes pétrolières.
«Les dépassements ont été observés sur les dépenses de biens et services (1,4% du PIB), sur les intérêts de la dette (0,2% du PIB) et sur les dépenses de personnel (0,1% du PIB), soit 1,7% du PIB au total», expliquait alors le ministère des Finances.
C’est en taillant dans les dépenses d’investissement public (0,7% du PIB) et sur les transferts (0,3% du PIB) que l’exécutif est parvenu à mitiger ce dépassement et le ramener à 0,7% du PIB.
Autrement, le déficit budgétaire se serait situé à 2,5% du PIB en 2024.
Pour 2025, les dérapages dans les dépenses courantes, non évaluées pour le moment, ont été provoqués, selon le Fonds monétaire international (FMI), par l’élection présidentielle et ses suites sociales et sécuritaires.
Faible croissance
S’agissant de la mobilisation des recettes, une série de facteurs explique les contreperformances des services de l’Etat : une croissance structurellement contrainte et en tout cas très éloignée de la cible (3,5% attendus pour 2026, pour une cible de 9,3% en moyenne annuelle sur la période 2026-2030) ; une prédominance du secteur informel (86,6% des emplois et 58% du PIB) qui contraint le potentiel fiscal du pays et la performance des principaux produits fiscaux ; des administrations de l’assiette, impôts et douanes, dont l’efficacité et l’efficience peuvent être notablement relevées.
Le problème de ce relâchement budgétaire, c’est qu’il induit des effets structurels négatifs en cascade : affaiblissement de la crédibilité budgétaire ; reconstitution rapide de la dette publique qui est passée de 1904 milliards Fcfa en 2009 à 15 607 milliards Fcfa à fin juin 2026; affaiblissement de la confiance des partenaires techniques et financiers internationaux du pays dans la signature de l’Etat ; hausse de la perception du risque souverain ; hausse des intérêts exigés par les investisseurs internationaux sur la dette publique.

